Repenser la « verticalité du politique »

Emmanuel Macron est brillant. Il bouscule quelques rentiers. Il est jeune et moderne dirait-on.

Et pourtant, dans Envoyé Spécial (26 février 2015), il tenait ce propos « je crois en la verticalité du pouvoir politique« ; formule relativement conceptuelle dont on peut se demander ce qu’elle signifie. « L’horizontalité complète dans laquelle on vit, où toutes les idées se valent, c’est la défaite de la pensée et potentiellement la paralysie de l’action. »

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N’est-il pas temps de sortir de ces oppositions trop simples, privé contre public, offre contre demande, et aujourd’hui verticalité contre horizontalité?

Dans « Repenser la pauvreté« , Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee nous invitent à sortir des postures idéologiques a priori pour explorer la complexité du monde réel. Le sujet est la pauvreté dans les pays du tiers monde mais leur réflexion pourrait s’adapter à nos sociétés plus développées.

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Ils font le constat de deux positions idéologiques antagonistes: d’un côté Jeffrey Sachs défend la nécessité de l’aide internationale pour extirper les plus démunis du piège de la pauvreté. D’un autre Williams Easterly affronte Sachs et défend que l’aide internationale empêche « les gens de chercher leurs propres solutions, elle corrompt et sape les institutions locales et crée un lobby auto-entretenu d’organisations d’aide au développement 1« .

Pour dépasser cette opposition, les auteurs ont pris le parti d’explorer sur le terrain ce qui se passe vraiment et comment les gens pauvres font des choix qui ne nous sont pas évidents a priori. Ils observent aussi comment certains choix qui ne nous semblent pas rationnels, la tendance à procrastiner par exemple, nous rappellent nos propres comportements.

Un exemple parmi une multitude qu’offre ce livre: « De façon tout aussi remarquable, même l’argent que les gens dépensent pour l’alimentation ne sert pas à maximiser l’apport calorique ou les micronutriments. Lorsque les plus pauvres ont la possibilité de dépenser un peu pour leur alimentation, ils ne s’en servent pas pour augmenter leur apport en calories. Au lieu de cela, ils achètent des calories qui ont meilleur goût, mais coûtent plus cher 2. […] Généralement, lorsque le prix d’un bien baisse, on s’attend à ce que le gens en achètent plus. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit dans ce cas: les foyers qui avaient reçu des aides pour l’achat de riz ou de blé se sont mis à en consommer moins et à manger en revanche plus de crevettes et de viande. 3 »

Les auteurs sont de plain-pied avec les gens. Ils œuvrent en biologistes qui tentent de comprendre la complexité du monde réel, plutôt qu’en ingénieurs qui restent dans leurs bureaux d’études. Ils ne décident pas à la place des pauvres mais analysent la rationalité de leurs décisions pour améliorer les politiques publiques.

Leur « horizontalité » dans l’action n’enlève rien à une forme de « verticalité » dans la réflexion: ce qu’ils perdent en autoritarisme, ils le gagnent en autorité.

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  1. Repenser la pauvreté, Editions Points p 21
  2. Page 52
  3. Page 53, d’après une étude de Robert Jensen et Nolan Miller, « Giffen behavior and subsistence consumption », American Economic Review